[Séance plénière 18 et 19 février du Conseil régional d’Ile-de-France ]- Intervention de Jean-Vincent Placé sur la mesure de Valérie Pécresse pour 100 000 nouveaux stages en Ile-de-France

Madame la Présidente,
Mesdames et messieurs les conseillers régionaux,

Si ce rapport porte un titre pour le moins accrocheur « 100 000 nouveaux stages pour les jeunes franciliens », quelle déception une fois passé la première page. En effet c’est en lisant l’exposé des motifs et la délibération que l’on se rend compte que ce rapport finalement sonne creux.
Il est proposé de conditionner l’attribution des subventions régionales à l’accueil de stagiaires par les personnes morales bénéficiaires desdites subventions. Vous avez également indiqué dans la presse Madame la Présidente, vouloir moduler le nombre de stagiaires selon le montant de la subvention. Si le groupe RCDE ne remet pas en question vos bonnes intentions, il reste cependant dubitatif face à cette mesure, qui ne saurait distinguer associations, établissements publics ou entreprises et qui est construite sur une logique purement comptable et non qualitative.
Vouloir ouvrir l’accès aux stages au plus grand nombre nous y sommes favorable mais pas à n’importe quel prix. Accueillir un stagiaire au sein de son organisme, association ou entreprise, c’est être en capacité de former un jeune à un métier, c’est transmettre ses savoirs, partager ses connaissances.

Nous ne pouvons pas exiger des organismes que l’on subventionne qu’ils accueillent des stagiaires s’ils n’en ont pas les moyens et les ressources nécessaires. Chaque cas doit être traité de manière spécifique. Une règle unique ne peut pas s’appliquer de façon uniforme alors même que nos partenaires sont si diverses.
La Région devra être particulièrement attentive aux conditions dans lesquelles s’effectuera le recrutement des stagiaires ainsi que la période de stage.
De plus, vous ne faites pas non plus de distinction entre les publics visés par cette mesure, or vous ne contredirez pas le fait que selon son origine et ses études, les deux étant encore trop souvent liés, les jeunes étudiants ne sont pas égaux dans la recherche de stages.
Son lieu de résidence, son lieu d’enseignement, ou même son nom ont encore trop d’incidences sur la prise de décision par les recruteurs, tout comme l’absence de réseaux. Des réseaux qui peuvent êtres familiaux, mais aussi ceux de son parcours scolaire. Ne nous voilons pas la face, les réseaux qui se tissent en passant par Science-Po ouvrent bien plus de portes que ceux d’un étudiant en BTS dans une zone d’éducation prioritaire. C’est le sens de l’amendement que nous avons déposé avec les groupes de gauche, pour qu’une attention particulière soit portée aux jeunes issus des quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Enfin si encourager les stages est un premier pas vers le monde du travail, il n’en reste pas moins que l’on parle ici de formation et non à proprement parler d’emploi. Je pense que de nombreux jeunes franciliens diplômés, ayant réalisé un stage pourraient vous expliquer que bien que leur stage soit une ligne supplémentaire à valoriser sur leur curriculum vitae, il n’est pas toujours considéré comme une réelle première expérience et ne compte pas toujours dans l’expérience requise pour un poste.
Il ne faut pas non plus sous-estimer l’effet pervers créé par la multiplication des stages. En effet, certaines entreprises préfèrent désormais engager des stagiaires là où ils pourraient engager un employé. Et je ne sais pas vous Madame la Présidente, mais entre un stage ou un premier emploi, je préfère offrir l’opportunité de décrocher un premier emploi. Car c’est bien ce qui fait le plus défaut aujourd’hui à nos jeunes diplômés.
Cette problématique, longtemps dénoncée par les collectifs de stagiaires, a reçu une réponse satisfaisante à travers la loi du 10 juillet 2014, qui limite le nombre de stagiaires par entreprises, évitant ainsi les abus. Cette limitation relève d’un impératif qualitatif, il ne faudrait pas avec votre délibération vous en écarter.
Vous l’aurez compris Mme la Présidente, nous ne voterons pas en l’état ce rapport qui soulève encore trop de questions et d’incertitudes quant à la condition et le statut des stagiaires.

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