[Séance plénière 18&19 février du Conseil régional d’Ile-de-France – Intervention de Muriel Guenoux ]Rapport CR 28-16 Un nouvel engagement pour l’apprentissage : plan d’action

Madame la Présidente,
Monsieur le Vice-Président,

L’apprentissage est un système complexe. De multiples acteurs, des enjeux de politiques éducatives qui croisent ceux des politiques de l’emploi. Un développement qui a besoin de leviers divers, aussi bien pédagogiques, juridiques qu’organisationnels et le tout dans des temporalités différentes.
L’apprentissage représente 8milliards d’euros au niveau national pour 430 000 apprentis. En Ile-de-France ce sont plus de 80 000 apprentis pour un budget de 378 millions d’euros.
Le nombre d’apprentis diminue depuis plusieurs années, et un récent rapport du ministère du travail constate que 28% des jeunes en contrat d’apprentissages le rompent avant son terme et que près d’un sur 5 décroche complètement avant la fin de sa formation.
L’apprentissage a aujourd’hui, avant toute autre chose, besoin de sécurisation des parcours des apprentis. Car à quoi bon pousser les jeunes vers l’apprentissage si on ne leur donne pas les moyens d’aller au bout de leur formation ? C’est donc un problème qualitatif qui se pose, une fois de plus, et pas seulement quantitatif.
Les causes de ce décrochage sont connues, problème d’orientation car manque de maturité, manque d’accompagnement et d’encadrement des jeunes. Difficile à 15ans de décider, avec certitude de ce que l’on veut faire du restant de sa vie. C’est aussi là que nous devons intervenir pour être à leurs côtés et les guider dans ce parcours.
L’IGAS en février 2014 publiait un rapport sir les freins non financiers du développement de l’apprentissage, parce qu’il ne s’agit pas uniquement d’une affaire de moyens.

L’ensemble du système qui constitue le monde de l’apprentissage manque aujourd’hui cruellement de coordination et peut être de concertation. Aujourd’hui, l’Etat, les régions, les CFA, Pôle emploi, les missions locales, les chambres consulaires… tous sont partie prenante de l’apprentissage mais aucun n’est en charge des apprentis quand ils décrochent par exemple. Trop d’acteurs, trop de dispositifs qui se superposent sans se compléter. Et vous souhaitez en ajouter un nouveau.
Un nouveau dispositif, que vous nous avez communiqué moins d’une semaine avant la séance, quel manque de sérieux !
Une fois encore vous souhaitez agir vite, imposer votre marque, prouver que vous appliquez une politique différente. Soit. Mais une politique ambitieuse et attentive des besoins des CFA comme des apprentis nous l’avons mené sous la précédente mandature.
Quelle concertation avec l’ensemble des acteurs avez-vous mené en amont de cette délibération ? Ne serions-nous pas plus efficace avec un plan d’action construit avec l’ensemble des acteurs, un plan global coordonné, où chaque acteur aurait une partition bien définie du rôle qui lui incombe ?

Il existe sans doute, dans ce rapport, des pistes intéressantes mais il soulève aussi certaines interrogations et présente des pistes de progrès dont le groupe RCDE souhaiterait débattre avec vous si vous acceptiez de renvoyer ce dossier en commission afin de l’examiner.
Parmi ces améliorations :
– La Région devrait valoriser davantage la fonction de maître d’apprentissage qui contribue activement à l’encadrement du jeune apprentis, en particulier dans le monde de l’artisanat. Ce serait sans nul doute, dans cette période économique compliquée, une motivation supplémentaire.
– Il est essentiel, pour leur bon fonctionnement que les CFA aient une vision pérenne de leurs ressources. Or introduire des critères de performance dans les conventions, si cela peut être compréhensible, il ne faudrait pas qu’ils soient fluctuant et mettent ainsi en péril la stabilité des CFA.
– Enfin, nous voudrions vous faire part de la crainte de certains professionnels du monde de l’artisanat concernant les perspectives de mutualisation avec les lycées professionnels. Crainte que cette mutualisation se fasse à sens unique dans le seul intérêt des lycées professionnels et fragilisant encore un peu plus les appareils de formation.

De plus, dans ce rapport vous semblez vouloir vous substituer au législateur, puisque vous nous demandez un mandat pour agir sur le cadre législatif. Ce qui n’est pas du domaine de compétence de la Région. Vous pouvez tout à fait négocier avec l’Etat afin de trouver de nouvelles articulations des dispositifs, mais ce travail doit se faire en amont de la présentation des rapports et vous n’avez pas besoin de notre mandat pour le faire.

Vous l’aurez compris, nous ne voterons pas un rapport d’une telle importance dans les conditions de l’urgence, convaincus qu’il faudrait un temps de concertation, un audit sur la situation actuelle, les attentes et les besoins de l’ensemble des acteurs, des propositions, afin de pouvoir élaborer une nouvelle politique en faveur de l’apprentissage.
C’est un sujet d’une grande importance, relevant de la formation professionnelle et donc de l’avenir des jeunes franciliens et de la bonne santé du tissu économique dans notre Région. Un sujet qui demande un travail sérieux et serein et non de la précipitation.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s