[Séance plénière 19 & 20 mai 2016] Intervention de Jean-Luc Romero-Michel concernant la prévention et la lutte contre la drogue dans les lycées

CR 89-16 : Pour des lycées sans drogue et sans addiction 

Madame la Présidente,

Madame la Vice-Présidente,

Quel titre percutant. Un titre accrocheur dont vous avez le secret mais qui camouffle mal le fait que nous avons une fois de plus affaire à un effet d’annonce.

Une mesure qui fait polémique et qui n’apporte rien de nouveau au débat ni à la lutte contre les addictions, bien au contraire.

Par cette mesure vous ne cherchez pas à protéger les lycéens des conduites à risque mais bien de rassurer l’électorat le plus extrême en brandissant cette mesure soit-disant sécuritaire.

Aujourd’hui la lutte contre les addictions a changé de paradigme, et pourtant vous vous accrochez à une vision dépassée et contraire aux préconisations de la majorité des spécialistes de l’addictologie. Je vous invite à ce propos à lire le tout récent rapport de la Fédération française d’Addictologie qui explique que la politique des drogues et des addictions est en pleine évolution dans le monde, excepté en France qui s’accroche à la prohibition totale des drogues illicites et qui fait preuve de frilosité face aux drogues licites que sont le tabac et l’alcool. Deux drogues qui font pourtant des ravages en termes de santé publique et qui sont bien pire que le cannabis.

Pour mémoire, quand Michèle Barzach était ministre de la santé – une excellente ministre – elle a reçu  le rapport du docteur Roques. Ce dernier classait les produits psychoactifs selon leur dangerosité pour la santé mais aussi pour la société ? La drogue la plus dangereuse et de loin était l’alcool, le cannabis se classant dernier de ses produits.

Face aux évolutions sociétales et à l’échec cuisant des politiques répressives, les acteurs de l’addictologie ont modifié leurs conceptions et leurs modes d’intervention, un changement de logiciel qui se traduit par le développement de la stratégie d’action dans les soins et la prévention pour toutes les addictions : la réduction des risques et des dommages. Fini la stigmatisation, on recherche désormais à prévenir et diminuer les conséquences négatives, sanitaires et sociales des conduites addictives.

Ne pas stigmatiser est un point qui nous semble essentiel, mais sur lequel vous avez butté. Les addictions concernent tous les milieux sociaux, tous les âges, tous les sexes. Elles ne font pas de distinctions, et pourtant vous en faites dans votre rapport. Et quoi de plus stigmatisant pour un jeune lycéen que de se soumettre à des tests de dépistage ? Non décidément Madame Pécresse nous pensons que vous faites erreur sur ce terrain. Ou alors, nous devrions proposer que les élus montrent eux-mêmes l’exemple et se soumettent à chaque séance à un dépistage par test salivaire et éthylotests. Je suis certains que vous aussi voyez l’improductivité d’une telle proposition et du même fait de la vôtre.

Cette même fédération qui combat les addictions propose une évolution de la législation concernant le cannabis. Elle aussi, comme de nombreux autres experts propose sa légalisation.

Il n’est pas sérieux, en 2016, d’oser prétendre que légaliser le cannabis c’est le banaliser alors que sa consommation est banalisée de longue date puisque sa consommation n’a eu de cesse d’augmenter depuis les années 70 et que nous battons tous les records européens de consommation.

C’est d’ailleurs la seule politique de prévention responsable. Mettre au même niveau légal, alcool, tabac et cannabis permettra de donner bien plus de force aux politiques de prévention. Un jeune ne peut actuellement comprendre qu’il soit stigmatisé si violemment pour sa consommation de cannabis quand il assiste au ravage de l’abus de l’alcool sur ses proches. Des campagnes communes luttant contre la consommation excessive d’alcool et de cannabis seront ainsi plus efficientes pour faire comprendre aux plus jeunes qu’aucun produit n’est inoffensif. Ni l’alcool, ni le cannabis.

Il est de notre devoir, en tant que dirigeants politiques progressistes et responsables, d’ouvrir le débat pour une nouvelle voie de régulation légale et éducative. Une politique qui prend acte des évolutions sociétales, une politique gradualiste capable d’appréhender la pluralité des situations. Une politique tournée en priorité vers la prévention, la promotion de la santé, l’intervention précoce jusqu’aux soins et accompagnements sociaux.

Nous ne devons pas pointer du doigt les jeunes qui consomment mais accompagner tous les jeunes, dans leur diversité, pour leur présenter les effets négatifs sur la santé, la sécurité des personnes et la vie sociale de toutes les drogues, du cannabis à l’alcool en passant par le tabac.

En tous cas, nous devons abandonner les affrontements stériles qui occupent depuis trop longtemps l’espace public et réfléchir ensemble à une autre politique de prévention auprès des jeunes public.

C’est pour cette raison que par nos amendements nous vous proposerons l’abandon des tests de dépistage.

Enfin une dernière question concernant le financement de ces mesures ?

Où allez-vous chercher l’argent nécessaire pour mener votre politique notamment pour cette nouvelle mission confiée au CRIPS, ce dont je me réjouis.

Vous nous avez assuré pendant la séance budgétaire que le CRIPS conserverait les moyens nécessaires à la lutte contre le VIH et même que vous vous engagerez, comme Anne Hidalgo, dans une Région sans sida, ce qui est important.

Prévoyez-vous des moyens supplémentaires afin que le CRIPS développe ses moyens à la lutte contre les addictions dans les lycées, sachant qu’il mène déjà 40% de ses interventions dans les lycées sur la question des addictions pour 60% au VIH/sida ?

Je vous remercie.

 

 

Intervention prononcée le jeudi 19 mai 2016 par Jean-Luc Romero-Michel

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