Fuite de pétrole dans les Yvelines : le dossier s’annonce complexe

Article d’Alain Piffaretti paru dans Les Echos le 1er mars 2019.

Une mini-marée noire provenant d’un pipeline exploité par Total a pollué la terre sur une dizaine d’hectares au centre des Yvelines près du zoo de Thoirry. L’Etat s’est déjà engagé à mettre en place un comité de suivi.

Un million de litres de pétrole brut se sont déversés, dimanche 24 et lundi 25 février 2019 à quelques kilomètres du célèbre zoo de Thoiry. La fuite provient du pipeline Ile-de-France (PLIF) de Total qui relie Le Havre à Grandpuits (Seine et Marne). Elle s’est produite sur un tronçon proche du dépôt de Gargenville, dans les Yvelines. Le pétrole s’est échappé d’une brèche de près de deux mètres de long. Au total, 8 à 10 hectares de champs et des cours d’eau situés sur le territoire des communes d’Autouillet, Boissy-sans-Avoir et Vicq ont été touchés.

La pression à l’intérieur du pipeline a été stoppée (ce qui a d’ailleurs entraîné la fermeture de la raffinerie de Grandpuits pour plusieurs semaines). Et les voies de transfert vers les cours d’eau et les captages situés à l’aval ont été coupées. L’Agence Régionale de Santé (ARS) a par ailleurs pris la décision de fermer l’ensemble des captages d’eau de la vallée de la Mauldre. Mais cela n’a pas empêché les hydrocarbures infiltrés sous terre d’atteindre les rus les plus proches : le Lieutel, le Breuil et la Coquerie, trois affluents de la Mauldre.

Des traces d’irisation ont déjà été aperçues sur la Mauldre, une rivière qui se jette dans la Seine. Ce qui renforce les inquiétudes pour la nappe phréatique. « La situation est particulièrement préoccupante. Les particules d’hydrocarbures solides (benzène) qui flottent à la surface de l’eau sont extrêmement toxiques et cancérigènes. Un arrêté préfectoral doit être pris dans les meilleurs délais pour interdire l’arrosage et la consommation », alerte l’association France Nature Environnement (FNE). L’organisme souligne en outre que des dommages ont probablement déjà été causés à la flore et à la faune des cours d’eau concernés qui abritent des espèces protégées.
Contrôles en question

Une cellule d’urgence a été mise en place au siège de Total qui annonce que 200 personnes sont actuellement mobilisées. Le groupe pétrolier se charge pour l’instant des opérations de pompage sous la responsabilité des services de l’Etat et de la Driee. Total a aussi précisé prendre en charge le coût du chantier ainsi que l’indemnisation des agriculteurs. Des barrages de rétention et cinq stations de pompage ont déjà été installés sur les cours d’eau. La phase de dépollution proprement dite ne pourra intervenir que dans une dizaine de jours et nécessitera des semaines, voire des mois.

Pour les élus locaux, il incombe à l’Etat de veiller à ce qu’aucun risque sanitaire ne survienne pendant ces phases. « Nous serons également vigilants sur les conséquences en matière de biodiversité. Total doit assurer une dépollution entière du site », assure Alexandra Dublanche, vice-présidente (LR) du conseil régional en charge du développement économique, de l’agriculture et de la ruralité. « Il ne suffit pas de dire que tout est sous contrôle. Face à cette véritable catastrophe écologique, nous demandons à l’Etat de mettre une pression très forte sur Total et de garantir un processus de transparence totale de la part de la préfecture d’Ile-de-France », renchérit Eddie Ait, conseiller régional d’Ile-de-France (RCDEC). Ce dernier pointe également la nécessité d’instaurer une surveillance renforcée à plus long terme. « On se trouve face à un vieillissement des réseaux de pipeline avec des ruptures un peu partout en Europe », soutient-il.

Un avis partagé par Marc Rémond président de FNE 78 qui met en avant le fait que l’ouvrage a plus de 50 ans « un contrôle tous les 5 ans n’est peut-être pas suffisant. Une commission indépendante doit mener une enquête sérieuse » ajoute-t-il. L’Etat s’est déjà engagé à mettre en place un comité de suivi. Une enquête environnementale doit également être menée dans les 15 prochains jours afin d’identifier exactement les causes de l’accident. Le pipeline de 268 kilomètres date de 1967.

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