Biodiversité : du G7 aux citoyens, il faut décréter la mobilisation générale!

Tribune d’Eddie Aït, publiée le 7 mai 2019.

Alors que le G7 Biodiversité qui se tient à Metz depuis le 5 mai 2019 s’est terminé hier soir, les dernières informations concernant l’État de la faune et de la flore sur notre planète sont particulièrement alarmantes.

Le rapport de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES) dévoilé ce jour montre ainsi que près d’un millions d’espèces, sur les huit millions d’espèces animales et végétales présentes sur Terre, sont menacées d’extinction. Il classe par ordre d’importance les cinq principaux facteurs qui menacent la biodiversité et l’être humain est responsable de chacun d’entre eux : « les changements d’usage des terres et de la mer », « l’exploitation directe de certains organismes », « le changement climatique », « la pollution » et « les espèces exotiques envahissantes », introduites dans de nouveaux milieux par l’activité humaine.

Déjà, en octobre 2018, le Fonds mondial pour la nature (WWF) dressait un constat sans appel : en 44 ans, 60% des espèces sauvages ont disparu de la surface du globe. L’Europe, quant à elle, affiche une perte de 31% de ses espèces. Le déclin des oiseaux communs s’accentue dans les espaces agricoles et bâtis : entre 1989 et 2017 en France, plus de 30% des oiseaux dans ces zones ont disparu. À moins de deux ans de la fin de la décennie des Nations unies pour la Biodiversité, ce constat montre que les actions entreprises, quelle que soit leur échelle, ne sont pas suffisantes.

L’heure n’est plus aux déclarations d’intention. La sauvegarde de notre biodiversité nous oblige. Nous pouvons d’ores et déjà agir.

Agir au niveau européen par la création d’un organisme supranational dédié, chargé de mettre en place des réglementations et un système de contrôles et de sanctions au niveau européen. La biodiversité ne connaissant pas de frontières, il est illusoire de penser que chaque État peut, seul, intervenir avec suffisamment d’ampleur sur cette question.

Agir au niveau national ensuite, en déclarant « l’État d’urgence pour la Biodiversité ». Un programme de sauvegarde doit immédiatement être mis en place, doté des financements nécessaires pour lutter contre les atteintes à la biodiversité. Ce programme ne devra pas être pris en compte dans le calcul des 3% de déficit annuel maximum qu’imposent actuellement nos engagements européens. Il s‘agit aussi de créer un espace de réflexion et de dialogue pour faire émerger de nouvelles alternatives aux activités productrices nuisibles à la biodiversité. Sur ce sujet, le dogmatisme n’a pas sa place. Il ne faut pas opposer la sauvegarde de la biodiversité et la qualité des vies des citoyens mais, au contraire, montrer à chacune et chacun à quel point leurs conditions de vie sont intimement liées à la préservation de la biodiversité.

Agir au niveau local et notamment régional. Garants d’une meilleure connaissance des enjeux, opportunités et spécificités des territoires, les collectivités locales doivent être pleinement intégrées à cette mobilisation générale pour la biodiversité. Plus encore, elles disposent de leviers d’action non-négligeables pour agir dès à présent en la matière. À ce titre, le cas des Conseils régionaux et notamment du Conseil régional d’Île-de-France est des plus révélateurs tant il pourrait agir avec plus d’efficacité en la matière.

Cela signifie réaffirmer la ville comme espace biodivers en encourageant le développement de la faune et de la flore en zones urbaines, par exemple sur les bords de fleuve ou dans les cours de récréation des lycées et CFA. C’est aussi engager une réflexion sur l’éclairage nocturne et son impact sur les différentes espèces ou encore accentuer la lutte contre l’artificialisation et l’érosion des sols permettant notamment aux insectes, si précieux pour la biodiversité, de retrouver leur place dans l’écosystème.

Au vu du nombre et de l’étendue des décharges sauvages de déchets, il est également impératif de soutenir et d’intensifier les opérations de dépollution des sols et des eaux afin de faire revenir plantes et animaux dans ces espaces naturels ou urbains aujourd’hui désolés.

Cela signifie également encourager la lutte contre les nuisibles par des moyens naturels, notamment en informant davantage les professionnels et les particuliers sur les alternatives non-nocives.

Il s’agit aussi d’accompagner la transition vers une agriculture raisonnée, diversifiée, respectueuses des animaux, notamment en soutenant les élevages extensifs qui permettent l’entretien des milieux ouverts et le développement de la faune et de la flore. Cela passe par la systématisation des rotations de cultures dans les espaces verts et la pratique de la friche urbaine, le plantage de haies, la restauration des bosquets…

Parallèlement, il faut dès à présent ajouter un critère de respect de la biodiversité dans les règlements d’intervention de tous les appels à projet régionaux. Les Conseils régionaux s’engageraient ainsi à ne pas soutenir de projets à l’impact défavorable sur la biodiversité comme le préconise l’« objectif d’Aichi n°3 », issu du Plan stratégique pour la biodiversité des Nations unies adopté par notre pays en octobre 2010.

Il ne s’agit là que d’exemples parmi tant d’autres des actions qui peuvent être entreprises, ici au niveau régional. Pour autant l’action locale seule ne suffira pas et ce sont bien les citoyens, associations, collectivités et autorités nationales et européennes qui doivent s’engager de concert dans ce qui est bel et bien le combat du siècle. Un combat qui s’inscrit plus largement dans la lutte contre le dérèglement climatique, premier responsable de la chute brutale de la biodiversité sur notre planète ces trente dernières années.

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